Écritures de l’histoire

Responsable : Corinne Saminadayar-Perrin, professeur de littérature française du XIXe siècle (www.csaminadayar.fr)

 

Présentation. La révolution historiographique du XIXe siècle est indissociable de sa réflexion sur l’écriture de l’histoire. D’où son dialogue permanent avec la littérature, laquelle dans la même période invente les sciences humaines – sociologie, psychologie, anthropologie – qui ne s’autonomiseront qu’à la fin du siècle. La fiction, la presse, les mémoires sont autant d’espaces d’expérimentation où s’essaient des paradigmes historiques nouveaux, des logiques alternatives, des scénarios inédits ; c’est là qu’émergent d’autres sujets de l’histoire (les anonymes, les sans-voix, les invisibles), mais aussi de nouveaux objets d’investigation (le corps, les représentations, les sensibilités, les émotions). Avant le grand partage épistémologique qu’impose l’historiographie positiviste, la littérature ouvre à l’historiographie renouvelée un atelier extraordinairement inventif.

Perspectives 2026-2031 : « Fabriques de la démocratie »

Les récentes avancées de la recherche ont montré à quel point l’éloquence, comme pratique et comme ensemble de représentations, joue au XIXe siècle un rôle essentiel pour comprendre l’articulation, dans l’espace public, entre parole et action, discours et événement : on cherche à saisir la rationalité de l’histoire par l’analyse des processus de décision, dans le cadre parlementaire, en contexte insurrectionnel, à la tribune ou dans la rue ; plus radicalement, cette importance accordée au discours, par la verticalité institutionnelle qu’elle implique souvent, par les imaginaires qu’elle convoque (magnétisme, fascination hypnotique, emprise hallucinatoire), questionne la possibilité même d’une dynamique authentiquement démocratique.

Publiée en 2024, l’anthologie Le Deuxième âge de l’éloquence, 1750-1870 (H. Perent et A. Vaillant dir., Presses universitaires de Nanterre, « Orbis litterarum ») a montré l’intérêt et la fécondité de ce domaine de recherche, longtemps marginalisé par les spécialistes de cette période. Parallèlement à un grand ouvrage de synthèse actuellement en cours d’élaboration (publication prévue en 2026), deux rencontres organisées dans le cadre de notre labo, Mémoires de l’éloquence [2022] et Qu’est-ce qu’une littérature démocratique au XIXe siècle [2024], ont montré l’apport important du RIRRA 21 dans ce chantier collectif. Ces investigations seront poursuivies et approfondies dans les années qui viennent.

On s’intéressera dans un premier temps au « Corps de l’éloquence ». La problématique engage non seulement les questions traditionnelles liées à l’ethos, mais aussi la manière dont le corps de l’orateur, comme celui du roi, est double – la tribune transfigure, fabrique une figure publique, fait du corps matériel une réalité symbolique ; inversement, la culture médiatique s’empare de ces corps en exposition, les déforme par la caricature, substitue leur ridicule et inquiétante matérialité aux prestiges traditionnellement accordé au discours. L’histoire, la fiction, le journal sont les trois espaces où se déploie cette réflexion en acte sur les pouvoirs du discours, dont les enjeux politiques sont immédiats : c’est ce que l’on se propose d’explorer à l’occasion d’un colloque organisé en novembre 2026, en partenariat avec Hélène Parent (université de Metz).

Cette réflexion se poursuivra en posant directement la question qui traverse tout le « siècle des révolutions » : existe-il une éloquence républicaine, comment la définir, quelle redéfinition des pratiques et des institutions suppose-t-elle ? On se propose aussi de s’intéresser au partage masculin / féminin dans les imaginaires de l’éloquence, question dont l’importance symbolique et idéologique paraît considérable.

 

 

Dernière mise à jour : 08/09/2026