Recherches en épistémologie et génétique des musiques

Responsable : Corinne Frayssinet Savy

Ce programme souhaite apporter de nouveaux jalons à l’étude des mécanismes de la création et de la performance dans les musiques du XIXe au XXIe siècle. Il s’agit d’explorer ce qui se cache derrière les processus compositionnels et performatifs, de mettre en lumière les facteurs qui permettent leur naissance et conditionnent leur développement. Différentes approches de la musicologie - ethnomusicologie, musicologie analytique, musicologie historique, épistémologie musicale, études des musiques populaires… - contribueront à comprendre les techniques, les sources artistiques (musicales et autres), les milieux et les environnements sonores qui les nourrissent. Ces recherches s’accompagneront d’une réflexion épistémologique sur les manières dont se construit et s’organise le sens musical.

L’analyse de ces éléments permet de distinguer ce qui alimente l’imagination, mais reste extérieur à l'œuvre ou à la performance, et ce qui, transformé et transposé dans un nouvel univers artistique, y prend place de manière sensible. L’on s’attachera tout particulièrement à ce dernier aspect car une approche intertextuelle est essentielle pour saisir dans la création musicale et la performance les rapports entre celles-ci et les autres disciplines artistiques d’hier et d’aujourd’hui. Cette approche, clairement pluridisciplinaire, implique des collaborations scientifiques avec des spécialistes de disciplines représentées au RIRRA 21 telles que les arts visuels et numériques, les arts du spectacle, le cinéma, la littérature et l’esthétique.

D’autre part, une profonde réflexion épistémologique s’impose face au besoin, pour la recherche musicologique, de renouveler son appareil théorique et pratique, prenant en compte les spécificités de la création, de la performance et de l’analyse qui intègrent les environnements numériques, les nouvelles technologies et les musiques actuelles. Il est essentiel, en particulier, de mettre au point des outils et des méthodes d’analyse consacrés spécifiquement à l’étude de ces nouvelles pratiques et de leurs contextes. Cette ligne de travail, largement transversale, engage le point de vue des musicologues et des ethnomusicologues, des compositeurs, des interprètes et des performeurs autant que celui des informaticiens, des psycho-acousticiens et autres scientifiques, et contribuera également à la réflexion sur d’autres disciplines artistiques, confrontées elles aussi à ces changements de contextes et de possibilités.

Une telle démarche élargit le champ d’investigation à l’ensemble des pratiques musicales, choréo-musicales et sonores, au sein de leurs divers environnements. Elle incite à une recherche plurielle et ouverte à la complexité des dynamiques qui les ont traversées du XIXe siècle à aujourd’hui à travers la pluralité de sources directes et indirectes, écrites et enregistrées, iconographiques, photographiques, filmiques et médiatiques. Elle appelle à envisager le sonore à travers le croisement écologique entre les techniques du corps, les milieux sonores et le développement des techniques de production et de conservation du son du point de vue de l’espace acoustique, de la schizophonie, de l’acoustique. Elle invite à réfléchir sur les différentes formes de représentations et leurs imaginaires, les modes d’être qui en découlent ou s’en affranchissent, qui les réévaluent ou les inventent. Elle impose de prendre en compte les multiples branchements opératoires et la complexité des enchevêtrements au cœur des cultures et par conséquent des pratiques musicales, choréo-musicales et sonores. Elle anime une pensée à la croisée de l’ethnomusicologie, de l’anthropologie de la danse, des sound studies et des popular music studies à travers tous les types de manifestations rituelles, festives, et spectaculaires de la performance.

 

Dernière mise à jour : 08/09/2026