Presse et littérature (XIXe-XXIe siècles)

Responsable : Marie-Eve Thérenty

Depuis une douzaine d’années, l’étude des interactions entre presse et littérature au XIXe siècle constitue un des axes structurants de la recherche dix-neuviémiste montpelliéraine. Plusieurs colloques et ouvrages dirigés par l’équipe ont mis au jour des phénomènes d’hybridation textuelle, de circulation sociale et professionnelle entre le champ journalistique et le champ littéraire et permis de définir le XIXe siècle comme une « Civilisation du journal », concept aujourd’hui largement validé et utilisé par la recherche littéraire. Depuis 2010, l’équipe du RIRRA 21 a étendu ce champ d’étude aux XXe  et XXIe siècles.
À partir de 2015, le programme « Presse et littérature » se concentrera autour de plusieurs grands chantiers détaillés ci-dessous. A côté de ces grands projets, le programme « Presse et littérature » dont l’audience a été récemment accrue par la sortie de l’ouvrage encyclopédique La Civilisation du journal. Histoire culturelle et littéraire de la presse française au XIXe siècle (nouveau monde, 2011) sera également impliqué dans des actions plus ponctuelles : publication en 2015 des actes du colloque Masculin/féminin et presse au XIXe siècle (Christine Planté et Marie-Ève Thérenty dir., presses universitaires de Lyon) ; publication des actes des différents colloques et congrès sur les « Mystères urbains au XIXe siècle : un premier phénomène de mondialisation médiatique » ; collaborations avec l’International association of literary journalism studies, expertises de thèses et de projets de recherche en France, en Belgique, au Canada, en Israël, aux Etats-Unis ; conférences plénières dans des congrès internationaux et conférences comme professeurs invités; accueil de chercheurs post-doctorants et doctorants venus de l’étranger…

PLUME ( Pratiques littéraires et usages médiatiques des écrivains). Ce projet de recherche est mené en association avec le GRIPIC du Celsa (Adeline Wrona, Yves Jeanneret, Emmanuël Souchier…), le groupe ADARR de Tel-Aviv (Galia Yanoshevski, Ruth Amossy), Jérôme Meizoz (Université de Lausanne) et Sarah Mombert (UMR-LIRE, ENS-LSH). Ce projet a pour enjeu d’étudier les pratiques et les dispositifs inventés par les écrivains et les autres acteurs du champ littéraire pour faire figure en régime médiatique. Ce projet a trois objectifs principaux.
– tracer les contours d’une théorie communicationnelle des écrivains à l’âge médiatique en réunissant un vaste corpus de textes littéraires qui interrogent, entre le XIXe et le XXIe siècle, la mutation des supports, des publics, des figures du littéraire dans la société. La réalisation de cet objectif passera par l’organisation d’un séminaire international sur deux ans (2015 et 2016) qui conduira en 2017 à la production d’un ouvrage de référence.
– enquêter sur les stratégies des écrivains et des autres acteurs du champ dans la construction d’une identité médiatique. On fera l’hypothèse que la circulation et la réécriture des figures publiques de l’auteur évoluent avec les changements de régime médiatique et on proposera, en se démarquant d’autres systèmes de représentations de l’écrivain (la posture de Jérôme Meizoz, l’ethos de Ruth Amossy) la notion de marque-auteur dont on fera l’archéologie et dont on traquera les métamorphoses à travers quatre âges médiatiques. Ce volet comportera une partie enquête adossée aux masters recherche (littérature française et comparée) et pro (métiers du livre et de l’édition) autour de l’exploration de certaines pratiques auctoriales (interviews et entretiens d’écrivains dans la presse, la construction de polémiques médiatiques, les sites d’écrivains, les pages facebook d’écrivain et les comptes twitter), éditoriales (les dossiers de presse des écrivains, la quatrième de couverture), lectoriales (les fanzines, les sites de fanfiction) et journalistiques (la critique littéraire, les écrivains dans les pages people).
– Analyser l’évolution des objets incarnant la valeur de la littérature dans la vie culturelle et sociale. Quelques séries d’objets stratégiques seront étudiées à travers des journées d’études : les sociétés des amis d’écrivain, les objets infra-ordinaires (cravates Proust, Plumes Jules Verne, magnets «J’accuse ») et les œuvres du canon artistique (« Objets insignes et objets infâmes de la littérature », colloque en 2016), la statuomanie. Une exposition sur les portraits d’écrivains est prévue au Musée Fabre en association avec le musée d’Orsay et la BNF.

L’originalité de ce projet et de cette équipe est d’envisager la figure de l’écrivain sur une chronologie longue du XIXe siècle à aujourd’hui, de se construire sur une base pluridisciplinaire (littérature, sciences de l’information et de la communication, sciences du langage), de proposer un appareil théorique fort fondé sur les recherches sur la marque en sciences de l’information et de la communication et en marketing et en même temps, conformément aux approches théoriques du RIRRA 21, sur une approche matérielle, médiatique et communicationnelle de la littérature.
Un premier volume issu de ce programme « L’Ecrivain comme marque » (Marie-Eve Thérenty et Adeline Wrona (dir.), sera publié en 2015. Le premier colloque « Objets insignes, objets infâmes de l’écriture » aura lieu à l’automne 2016 à Paris. Le cycle de séminaires commencera à l’automne  2015 à Montpellier et à Paris.

Médias19 (voir le site medias19.org)
Depuis 2011, l’équipe « presse et littérature » codirige le projet de recherche sur la culture de presse et la plate-forme medias19.org. Ce projet a fait l’objet d’un financement conjoint par l’ANR et le FQRSC canadien qui prendra fin à la fin de l’année 2015. Concrètement, l’équipe franco-canadienne fonctionne grâce à un programme de séminaires internationaux (3 ou 4 par an) à Montpellier et à Québec où des chercheurs, sélectionnés par invitations, viennent présenter leurs travaux. La plate-forme associée au programme propose la réédition annotée de textes d’époque, de corpus d’articles, de fictions ou d’essais, qui portent sur le journalisme (section « Éditions »). Elle publie également des anthologies comme celle sur les mystères urbains ou celle à venir dirigée par Yoan Vérilhac sur les souvenirs de journalistes (section Anthologies). Elle met en place progressivement la première édition d’un dictionnaire des journalistes francophones du XIXe siècle (section « Notices biographiques »). Elle offre enfin l’accès à des publications scientifiques portant sur tous les aspects de la culture médiatique, rédigées par des spécialistes (section « Publications »).  La fin de la première phase sera officialisée par un congrès qui se tiendra à Paris du 8 au 12 juin 2015 au centre culturel canadien.
La poursuite de cette vaste entreprise s’accompagnera, d’un nouveau projet collectif international de recherche qui tentera d’articuler la pratique de la confection du dictionnaire des journalistes du XIXe siècle avec une réflexion théorique sur le lien entre biographique et médiatique du XIXe siècle à Wikipedia. L’étude des notices de journalistes des différents dictionnaires biographiques compilées actuellement sur le site medias19 permet de tenter quelques hypothèses sur la fabrique du dictionnaire au XIXe siècle largement fondée sur la circulation/reprise d’informations entre les différents dictionnaires, sur la fictionnalisation et la subjectivation des notices, voire parfois sur la mystification. De plus, un certain nombre de données circulent entre la presse et le dictionnaire comme le montre l’étude des nécrologies médiatiques. Notre projet a pour enjeu d’étudier la fabrique concrète de la notice de dictionnaire depuis la collecte de l’information jusqu’à l’écriture/réécriture pour mettre en évidence les enjeux de ces récits de vie. Nous tenterons de montrer que le système défini peut également inscrire les encyclopédies numériques, interactives dans une histoire et une généalogie. Ce projet s’intégrera dans une réflexion plus générale sur le rapport entre temps et médias. Nous réfléchirons à la question de la construction d’une temporalité médiatique qui rythme discours et vie. Nous réfléchirons aussi à la globalisation de cette temporalité fondée sur le médium.

L’atelier médiatique de l’histoire littéraire
Un des enjeux montpelliérains de medias19 sera aussi d’étudier l’atelier médiatique de l’histoire littéraire (projet dirigé par Corinne Saminadayar-Perrin). Les grandes réformes rhétoricides qui marquent la fin du XIXe siècle consacrent la promotion de l’histoire littéraire. La genèse et la constitution de l’histoire littéraire s’expliquent par un faisceau convergent de facteurs : cénacles et groupes émergents appuient leur offensive sur une histoire littéraire de combat ; une sensibilité inédite aux rapports de la littérature et du social entraîne chez le public, les institutions, les critiques et les créateurs des interrogations pressantes. Enfin, l’entrée de la culture française dans l’ère médiatique de masse modifie la perception de la vie littéraire : la presse consacre le règne de l’actualité culturelle, mais autorise aussi des formes inédites d’histoire littéraire plus ou moins immédiates.Or, ce rôle fondamental joué par la presse dans l’émergence de l’histoire littéraire tout au long de l’histoire du XIXe siècle n’a pas encore été étudié en tant que tel. Son importance est pourtant décisive à trois niveaux :
– la pratique de l’écriture périodique (critique et/ou feuilletonnesque) suppose une saisie nouvelle du temps des œuvres, dans la durée courte (l’actualité culturelle), moyenne (mouvements, tendances) et longue (résurgences et rémanences) ;
– le traitement médiatique de la « vie littéraire » élargit considérablement le champ critique, incluant désormais l’intérêt porté au monde des créateurs, aux réseaux de sociabilité, aux conditions médiatiques ou éditoriales qui structurent le champ littéraire. C’est bien une « histoire littéraire totale » (globale et intégrée) avant la lettre qu’inaugure le journal – certes de manière indirecte, intuitive et éclatée ;
– enfin, le rythme périodique de l’activité critique suppose toutes sortes d’effets de mise en série que corrobore et modifie la constitution de recueils : la chronique de l’actualité culturelle se pense comme le germe (ou l’esquisse) d’une histoire littéraire en gestation.

Ce projet de recherche croise les perspectives abordées dans le programme « Écriture de l’histoire ». Concrètement, il s’agira de mettre en place un séminaire pluriannuel. L’objectif est d’élaborer un ouvrage collectif synthétique de référence sur la question.

Les mystères urbains : un premier phénomène de mondialisation médiatique
Durant ce quinquennat, l’équipe achèvera le programme « Les mystères urbains au XIXe siècle : le premier phénomène de globalisation médiatique ». Depuis le début des années 2000, l’équipe montpelliéraine a conscience qu’une étude de la presse faite uniquement par les prismes nationaux manquerait une des dimensions essentielles de la civilisation médiatique : son caractère global et ce dès le XVIIIe siècle. Dès 2006, un colloque organisé par Alain Vaillant et Marie-Ève Thérenty visait à souligner la dimension mondiale du phénomène médiatique. Les actes de ce colloque ont été publiés (Presse, nations et mondialisation, nouveau monde, 2010). Ce colloque était une étape nécessaire pour situer le contexte général mais il est apparu aussi que pour étudier minutieusement les processus de circulation, d’adaptation et de singularisation des phénomènes médiatiques, il fallait circonscrire un objet plus précis. Le choix de l’équipe s’est porté pour 2011-2016 sur les mystères urbains.
L’équipe a défini le corpus des mystères urbains comme des romans qui ont pour titre le syntagme « mystères de (nom de lieu urbain) » sur le modèle des Mystères de Paris d’Eugène Sue, paru dans le feuilleton du Journal des débats en 1842-1843. Ce roman est traduit dans toutes les langues, connaît un succès international. Mais surtout il déclenche l’écriture sur tous les continents de romans dérivés dont l’intrigue varie considérablement suivant les contextes locaux. Dans cette lignée, pendant plusieurs dizaines d’années, des centaines de romans urbains généralement parus dans la presse avant d’être repris en librairie mettent en scène les bas-fonds des villes du monde entier : les Mysteries of London par Reynolds (1844-1848), Los misteríos de Madrid de Juan Martínez Villergas (1844), Os Mistéros de Lisboa de Camilo Castelo Branco (1854), I Misteri di Roma contemporanea de B. Del Vecchio (1851-1853)… C’est un des premiers phénomènes de mondialisation culturelle et de culture médiatique de masse. L’équipe a travaillé pendant deux ans grâce à un programme de séminaires réguliers (trois ou quatre par an) sur le site montpelliérain. Grâce à une subvention du conseil scientifique de l’université en 2011-2012, ce programme a bénéficié de l’aide d’une chercheuse post-doctorale Helle Waahlberg qui a pu commencer à établir le répertoire de plusieurs centaines de mystères urbains dans le monde. Par ailleurs, une anthologie commentée des mystères urbains dirigée par Filippos Katsanos est publiée sur le site medias19.org. Mais ce programme s’appuie surtout sur un réseau d’universités et de partenaires étrangers associés depuis de longues années à la réflexion sur les rapports entre presse et littérature. Grâce à ce réseau, quatre colloques se sont déjà tenus à Mexico (novembre 2011, actes à paraître à Mexico en 2013), à Québec (juin 2012) avec la collaboration de Laura Suarez de la Torre et Micheline Cambron sur les corpus de mystères urbains locaux, à Montpellier et à Paris-Sorbonne, sous la direction conjointe de Dominique Kalifa et de Marie-Ève Thérenty et à l’université de Californie à Santa Barbara, sous la direction de Catherine Nesci. Les résultats de ces manifestations sont publiés et en cours de publication sur la plate-forme medias19.org.
Un colloque sur le corpus des mystères urbains brésiliens et portugais est prévu à l’université catholique du Portugal (org. Isabel Gil) les 11 et 12 décembre 2014.

Représentation médiatique de l’événement en francophonie
Dans le cadre d’un partenariat monté avec l’université de Montréal (Micheline Cambron) et financé par le CRSH canadien, l’université libre de Bruxelles, l’université de Lausanne et le centre d’histoire du XIXe siècle (Paris I, Paris IV) Rirra21 étudie depuis 2014 la question de la représentation de l’événement médiatique dans les différents espaces francophones dans l’entre-deux-guerres. Peut-on reconnaître un protocole, un imaginaire commun à la représentation médiatique de l’événement ? Le phénomène de mondialisation médiatique efface-t-il partiellement les différents héritages locaux ? En 2013-2014, les trois équipes se sont intéressées à la représentation des Jeux olympiques de 1936. Un numéro de la revue Belphégor sera consacré en 2015 à cette enquête. Pour l’année 2014-2015, l’investigation portera sur la représentation dans la presse de l’enlèvement du bébé Lindbergh (fait divers, procès, exécution). Un séminaire réunit en mai à Montréal chaque année les membres de cette équipe internationale.

Quelques publications récentes de ce programme : 

Olivier Bara et Marie-Eve Thérenty (dir.), Presse et scène au XIXe siècle, paru sur medias19.org, juin 2012.

Pierre-Marie Héron et Marie-Eve Thérenty (dir.), Cocteau journaliste,  presses universitaires de Rennes, 2014.

Dominique Kalifa et Marie-Ève Thérenty (dir), Les Mystères urbains au XIXe siècle. Circulations, transferts, appropriations, à paraître sur medias19, septembre 2014.

Marie-Eve Thérenty, La invencion de la cultura mediatica. Prensa, literatura y sociedad en Francia en el siglo XIX, Cuardernos Sequencias, Mexico, 2014.

Dominique Kalifa, Philippe Régnier, Marie-Eve Thérenty et Alain Vaillant (dir.), La Civilisation du journal, Histoire culturelle et littéraire de la presse, nouveau monde éditions, 2011.

Elisabeth Pillet et Marie-Eve Thérenty (dir.), Presse, chanson et culture orale au XIXe siècle. La parole vive au défi de l’ère médiatique, éditions du nouveau monde, 2012.

Corinne Saminadayar-Perrin (dir.), Théophile Gautier : l’invention médiatique de l’histoire littéraire, Revue Gautier, automne 2014.

Corinne Saminadayar-Perrin (dir), L’atelier médiatique de l’histoire littéraire, sur medias19.org, 2013.

Christine Reynier et Marie-Eve Thérenty (dir.), Les médiateurs de la Méditerranée, 2013, coédition Geuthner/MSH Méditerranée.

Guillaume Pinson et Marie-Eve Thérenty (dir.), L’invention du reportage, Autour de Vallès, 2010.

Marie-Eve Thérenty, Balzac journaliste, articles et chroniques, anthologie, Garnier-Flammarion, 2014.

Marie-Eve Thérenty (dir.), Les Mystères urbains au prisme de l’identité nationale, publié sur medias19.org, décembre  2013.

Marie-Eve Thérenty (dir.), George Sand journaliste, presses universitaires de Saint-Etienne, 2011.

Marie-Eve Thérenty et Alain Vaillant (dir.), Presse, nations et mondialisation au dix-neuvième siècle, nouveau monde éditions, 2010.

Yoan Vérilhac, La jeune critique des petites revues symbolistes, PUSE, 2010.

Chercheurs de RIRRA 21 impliqués dans ce programme : Pierre-Marie Héron, Elisabeth Pillet, Corinne Saminadayar-Perrin, Marie-Ève Thérenty, Florence Thérond, Yoan Vérilhac, Marie-Astrid Charlier, Priscila Gimenez, Mélodie Simard-Houde, Malek Khbou, Eloïse Pontbriand, Filippos Katsanos, Laure Demougin, Jean Rime, Krizia Bonaudo.

Equipes et institutions extérieures en partenariat : CSLF de Paris X, Gripic du Celsa, Centre d’histoire du XIXe siècle (Paris I, Paris IV), UMR-Lire de Lyon,  Groupe ADARR de l’université Tel Aviv, Instituto Mora et UNAM (Mexique), UNESP (Brésil), ULB (Belgique), New York university, University of California (UCSB), Université de Sherbrooke, Université Laval (Québec), Université de Montréal, Université McGill, Université du Québec à Montréal, Université de Victoria, Université Catholique du Portugal, Université Federico II de Naples, université de Liège.