Littérature et nouveaux médias

Responsable : Jean-Christophe Valtat

Depuis l’apparition et le développement de la radio, de la télévision de l’informatique et de l’internet, notre rapport à l’espace, au temps, aux autres et la représentation que nous nous en faisons ont été transformés. Ce programme se donne pour objectif d’étudier en quoi ces supports médiatiques ont permis aussi de repenser le phénomène littéraire et d’inventer une littérature hors du livre. Que produisent les interactions entre les milieux littéraires et médiatiques ? Nous nous proposons d’analyser l’influence du contexte médiatique sur l’élaboration de l’œuvre et sur l’acte de lecture, quelles contraintes il impose, quelle restructuration de la parole littéraire et quelle modification de notre rapport à l’écrit il induit : émergence de nouveaux langages, de modes inédits d’écriture, de lecture et de sociabilité littéraire. Comment ces médias évoluent-ils au contact du littéraire et comment ont-ils été construits et institutionnalisés dans l’imaginaire collectif par le discours littéraire ? En quoi, enfin, l’apparition de ces médias a-t-elle renforcé la présence de l’auteur dans la société, modifié son travail et sa place dans le champ littéraire ?

 

Nous poursuivrons la recherche sur les liens entre la littérature et l’art radiophonique, développée par Pierre-Marie Héron, en étudiant les pratiques et les poétiques des écrivains ou des journalistes français travaillant à la radio, des années 1920 à l’extrême contemporain. De nouveaux domaines seront abordés comme la fiction jeunesse, le polar ou la science-fiction radio, les formes du reportage (en lien avec l’axe « Presse et littérature du XIXe siècle à aujourd’hui »), les nouvelles pratiques d’écriture et d’écoute audio suscitées par la web radio, aussi bien du côté des stations que des sites ou blogs d’écrivains. Le programme continuera aussi d’explorer des corpus étrangers, notamment francophones belges et suisses, anglo-saxons et allemands (les Hörspiele) dans le fil du colloque proposé en 2015 sur la collaboration des écrivains du Nouveau Roman aux stations de radios françaises, allemandes et anglaises. Durant ces années, le partenariat avec l’INA va aussi donner lieu à une réalisation ambitieuse : dans la suite du colloque international de l’automne 2019 sur les collaborations d’écrivains aux grandes émissions de création radiophonique des années 1970-2000, il s’agira de mener à bien l’exploration de l’immense fonds d’archives écrites et sonores de l’Atelier de création radiophonique et sa valorisation éditoriale via un livre et un site web.

Le RIRRA21 a noué en 2020 un nouveau partenariat avec l’Ecole Universitaire de Recherche ArTeC et l'équipe « Scènes du monde, création, savoirs critiques » de Paris 8 afin d’engager un travail de longue haleine autour du « désir de belle radio en France aujourd’hui ». Nous en parlerons au fil de plusieurs rencontres annuelles consacrées à la fiction, au documentaire, aux lectures et performances, au foisonnement de la création sonore hors des « grands genres ». L’objectif est d’étudier largement les ressorts de créations récentes, leurs inspirations ou intentions, leurs particularités et potentialités par rapport à d’autres littératures ou arts vivants. Un premier colloque, organisé par Eliane Beaufils, Pierre-Marie Héron et Florence Thérond aura lieu à l’université Paris 8 les 20 et 21 mai 2021 et sera consacré à la fiction. A partir des corpus de France Culture, de France Inter et d’Arte Radio, ainsi que des productions des radios associatives nous nous s’intéresserons à la question des auteurs, des publics, de l’adaptation, des synergies qui contribuent à hybrider les compositions, à la question des esthétiques de la fiction radiophonique, de ses modèles d’écriture, de ses règles du jeu éditoriales, génériques ou auctoriales. La seconde rencontre se déroulera à Montpellier au mois de novembre 2021 et sera consacrée à un genre radiophonique plutôt récent, apparu après la Seconde Guerre mondiale et qui connaît une croissance remarquable depuis l’émergence du streaming et du podcast :  le documentaire. Les débats pourront s’inscrire dans la lignée des catégories dégagées en 2013 par Christophe Deleu (documentaire d’interaction, poétique, d’observation et fiction), mais explorer aussi le mélange des genres constitutif des variations du documentaire radiophonique. Dans le cadre de ce deuxième colloque une master classe sera proposée aux étudiants du Master 2 Professionnel Métiers du Livre et de l’Edition et, sur inscription, à des auteurs de la Région, en partenariat avec l’agence Occitanie Livre.

Par ailleurs, nous poursuivrons la réflexion sur la littérature web, dans l’objectif de dégager des liens de rupture, mais aussi de continuité entre les pratiques et productions littéraires actuelles et celles des siècles précédents (écritures populaires, intertextualité, algorithmicité, hypertextualité, interactivité, écriture fragmentaire…). Nous continuerons à explorer les corpus défrichés lors du précédent quadriennal, dans une approche à la fois poéticienne et socio-communicationnelle : blogs, sites d’auteurs, plateformes d’écriture, littérature sur les réseaux sociaux. Le travail engagé depuis 2019 en partenariat avec l’équipe MARGE de Lyon 3 conduira à la publication, en 2021 et sur Fabula, d’un second dossier consacré à la Littératube.

Pour les années futures, ces corpus seront abordés sous l’angle de l’intime et des expressions de soi (autoblographie, journaux personnels et littéraires en ligne), comme sous l’angle du collectif. Nous proposons d’envisager la littérature Web comme une aire d’expérience où peut se construire le rapport entre notre intimité et le monde extérieur. Dans une optique sociologique et culturaliste, nous souhaitons interroger les formes d’engagement intellectuel et politique induites par les pratiques littéraires en ligne. Nous voudrions examiner dans quelle mesure celles-ci permettent de réinscrire la littérature dans la vie sociale et de fabriquer du politique, au sens noble du terme, c’est-à-dire de nous réengager dans l’espace public et d’habiter notre présent. En effet la plupart des œuvres nativement numériques redonnent à la lecture sa force émancipatrice, grâce à l’interactivité et aux expériences collaboratives et participatives. En prenant en compte les recherches récentes des sciences sociales sur les affects numériques ainsi que la conception pragmatiste de la littérature développée notamment par Florent Coste, nos travaux entendent participer aux efforts récents qui se sont déployés de manières diverses afin de penser les conditions de la réactivation sociale et politique de la littérature. Enfin nous souhaitons réfléchir à la manière dont les autrices s’approprient les réseaux : le numérique, qui n’est pas encore totalement régi par des modèles institutionnels, offre-t-il aux femmes une « chambre à soi », où, depuis le féminin, développer de nouveaux modes de fabrication du littéraire ?

 

Comme pour le domaine radiophonique, ces corpus pourront désormais être envisagés dans une perspective plus internationale, de manière à permettre, grâce aux nouvelles ressources en ligne une mise à l’épreuve des méthodes critiques du comparatisme. Quel rôle la littérature comparée a-t-elle à jouer au sein du vaste champ des Humanités numériques ? Les chantiers de recherche futurs pourront ainsi se situer au croisement de la culture audiovisuelle (radio, télévision) et de la culture numérique (internet, hypertextes, réseaux sociaux, blogs), une telle approche étant favorisée par l’actuelle convergence ou intégration des médias, l’alliance de technologies autrefois séparées (basculement des médias audiovisuels sur l’internet). On pourra ainsi comparer les différents modes d’apparition d’une œuvre ou les différentes postures de l’auteur selon les médias et également, dans la perspective du transmedia et de la narration augmentée, appréhender les divers éléments d’une fiction dispersés sur différentes plateformes médiatiques.

 

Partenaires impliqués

Des partenariats sont pressentis au niveau local : Esbama-MO-CO ; Cité Créative, Théâtre des 13 Vents/Centre Dramatique National de Montpellier, Occitanie Livre et Lecture. À l’échelle nationale : l’Institut national de l’audiovisuel (INA), le Groupe d’étude et de recherches sur la radio (GRER), le laboratoire GRIPIC du Celsa-Sorbonne Université, l’équipe MARGE de Lyon 3, l’axe « Fabrique du contemporain » du laboratoire Fabrique du littéraire (Fablitt) de Paris 8, l’Ecole Universitaire de Recherche ArTeC et l'équipe « Scènes du monde, création, savoirs critiques » de Paris 8. Au niveau international : le laboratoire MDRN de l’université de Leuven en Belgique, le Pôle d’histoire audiovisuelle du contemporain (HAC) de l’Université de Lausanne (Suisse), l’université de Stuttgart (Allemagne), le laboratoire NT2 de l’UQAM.

 

 

Membres du programme à RIRRA21

Ce programme est animé par les collaborations régulières ou ponctuelles d’une dizaine de chercheuses et chercheurs des universités de Montpellier et de Nîmes, spécialistes des littératures françaises des XIXe, XXe et XXIe siècles, des littératures francophones, comparatistes ou spécialistes des nouveaux médias : Marie Bourjea, Amélie Chabrier, Marie-Astrid Charlier, Claire Châtelet, Claire Cornillon, Claire Ducournau, Pierre-Marie Héron, Gwendolyn Kergourlay, Marie-Eve Thérenty, Florence Thérond, Jean-Christophe Valtat.

 

 

Quelques publications du programme

 

Claire Chatelet et Gwendolyn Kergourlay (dir.), « Usages, formes et enjeux de la poésie numérique », Komodo 21, 12 | 2019, [revue en ligne]

Pierre-Marie Héron, Christophe Deleu, Karine le Bail (dir.), Komodo 21, 10 | 2019 : « Atelier de création radiophonique (1969-2001) : la part des écrivains ».

Gilles Bonnet, Florence Thérond (dir.), La Littératube : une nouvelle écriture ?  Actes de la journée d’étude tenue à la Maison des Sciences de l’Homme de Lyon le 13 novembre 2018, textes mis en ligne sur Fabula avec le soutien de l’Université de Lausanne, juin 2019. URL : https://www.fabula.org/colloques/sommaire6252.php

Pierre-Marie Héron, Marie Joqueviel-Bourjea, Céline Pardo (dir.), Poésie sur les ondes. La voix des poètes-producteurs à la radio, Rennes, PUR, coll. « Interférences », 2018, 210 p. + 2 CD audio.

Pierre-Marie Héron, David Martens (dir.), Komodo 21 [revue en ligne], 8 | 2018 : « L’entretien d’écrivain à la radio (France, 1960-1985) ».

Marie-Eve Thérenty, Florence Thérond (dir.), Les formes brèves dans la littérature web, Cahiers virtuels, n°9, laboratoire NT2, laboratoire de recherche sur les œuvres hypermédiatiques, Uqam, Canada, mai 2017. URL: http://nt2.uqam.ca/fr/cahiers-virtuels/les-formes-breves-dans-la-littera...

Annie Pibarot, Florence Thérond (dir.), S'écrire Chloé Delaume, Komodo21, N°6, [revue en ligne], laboratoire RIRRA21, Université Paul-Valéry-Montpellier 3, 2017.

Pierre-Marie Héron, Françoise Joly, Annie Pibarot (dir.), Aventures radiophoniques du Nouveau Roman, Rennes, PUR, coll. « Interférences », 2017, 225 p.

Cédric Chauvin, Eric Villagordo (dir.), Formes contemporaines de l’imaginaire informatique, Komodo 21, n° 5, 2016 [revue en ligne].

Pierre-Marie Héron, Florence Thérond (dir.), Tiers Livre, dépouille et création, Komodo 21, 1|2015, [revue en ligne].

Dernière mise à jour : 13/02/2023