M. Pierrick DODEUR-DELANGRE
Soutiendra mercredi 17 juin 2026 à 9 h
Salle des Actes n° 011 à l’Université de Montpellier Paul-Valéry, Site Saint-Charles 1
une thèse de DOCTORAT
Discipline : Psychologie spécialité Psychologie de la santé
Titre de la thèse : Endométriose et douleurs : entre littérature et expérience des femmes concernées, quelles perspectives pour améliorer la qualité de vie ?
Composition du jury :
- M. Guillaume BROC, Maître de conférences, Université de Montpellier Paul-Valéry, codirecteur de thèse
- Mme Florence COUSSON-GÉLIE, Professeure, Université de Montpellier Paul-Valéry, directrice de thèse
- Mme Michèle KOLECK, Professeure, Université de Bordeaux
- M. Bertrand PORRO, Ingénieur d’études habilité, Université d’Angers
- Mme Florence SORDES, Professeure, Université Toulouse - Jean Jaurès
- M. Raphaël TROUILLET, Professeur, Université de Montpellier Paul-Valéry
Résumé de la thèse :
L’endométriose est une maladie dont les symptômes étaient déjà décrits dans les traités médicaux d’Hippocrate, mais qui n’a suscité un véritable engouement scientifique que depuis une dizaine d’années. Elle se définie histologiquement par « la présence en dehors de la cavité utérine de tissus semblable à la muqueuse utérine ». Son épidémiologie est incertaine, on estime toutefois qu’environ 10 à 15% des femmes à travers le monde pourraient être concernées. La symptomatologie est très hétérogène et inclut principalement les douleurs, qui constituent le facteur central impactant toutes les sphères de la qualité de vie des femmes, ainsi que les problèmes de fertilité. Le modèle biopsychosocial est recommandé pour appréhender et traiter les maladies chroniques et les douleurs chroniques, dont l’endométriose. Toutefois, une vision biomédicale reste prédominante dans la littérature et dans les pratiques, et les composantes psychologiques et sociales sont subsidiaires. Dans l’ensemble, nos connaissances actuelles sont toujours très limitées malgré les progrès réalisés récemment, c’est pourquoi il convient, préalablement au développement d’interventions, d’explorer l’expérience des femmes afin de faire ressortir les facteurs psychosociaux, qui pourraient compléter et enrichir le modèle biomédical.
Pour cela, nous avons réalisé deux études qualitatives. La première nous a permis de rendre compte de la nécessité de changer de regard afin d’acquérir une compréhension plus globale de la problématique associée aux douleurs de l’endométriose, partant d’une attention centrée sur les douleurs et leur gestion, à une vision élargie à l’ensemble de l’expérience des femmes. La deuxième propose d’explorer, par le biais d’entretien, l’expérience des femmes au regard de leur parcours de vie avec l’endométriose. Une analyse phénoménologique des résultats, incluant des données intra-individuelle et interindividuelle, faisant ainsi ressortir des similarités et des différences tout en conservant une perspective globale, nous a permis d’identifier l’ensemble des facteurs psychosociaux associés aux douleurs, et de caractériser des épisodes d’aggravation et d’amélioration des symptômes. Les résultats sont discutés au travers d’un modèle motivationnel ayant deux implications temporelles distinctes. L’une met en lumière les mécanismes d’autorégulation des buts dans le déroulement de la vie quotidienne, et l’autre décrit, au travers des épisodes d’aggravations et d’amélioration des symptômes, et du déroulement de la vie quotidienne, l’occurrence de trois phases distinctes, de résistance des buts pré-douleurs, puis de résolutions de problème, et enfin d’ajustement des buts. Cela nous a permis de faire ressortir des facteurs clés qui représentent des perspectives de changement à apporter afin d’améliorer la qualité de vie des femmes qui vivent avec une endométriose. Afin de rendre compte de l’ensemble des mécanismes à l’œuvre, les résultats de nos études sont ensuite réinterprétés dans une perspective plus globale, intégrant l’ensemble des facteurs biopsychosociaux, au travers d’une double lecture synchronique et synchro-diachronique des événements. Cela nous a permis de proposer une compréhension à l’articulation entre les données d’expériences et les données scientifiques actuelles, à partir de laquelle nous avons proposé des recommandations, notamment un protocole d’intervention dont la structure repose sur trois logiques distinctes : une logique de problèmes/solutions ; une logique de changement ; et une logique synchro-diachronique. Nos travaux apportent ainsi de nouvelles pistes de compréhension concernant la problématique associée aux douleurs de l’endométriose, et représentent une base solide sur laquelle de futures interventions pourraient être développer.
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Endometriosis is a condition whose symptoms were already described in Hippocrates’ medical treatises, but which has only attracted significant scientific interest in the last decade or so. It is defined histologically as ‘the presence of tissue similar to the uterine lining outside the uterine cavity’. Its epidemiology is uncertain, but it is estimated that around 10 to 15% of women worldwide may be affected. The symptoms are highly heterogeneous and mainly include pain, which is the central factor affecting all aspects of women’s quality of life, as well as fertility problems. The biopsychosocial model is recommended for understanding and treating chronic diseases and chronic pain, including endometriosis. However, a biomedical perspective remains predominant in the literature and in clinical practices, with psychological and social components taking a secondary role. Overall, our current knowledge remains very limited despite recent progress; therefore, prior to developing interventions, it is necessary to explore women’s experiences in order to highlight the psychosocial factors that could complement and enrich the biomedical model.
Accordingly, we conducted two qualitative studies. The first highlighted the need to shift our perspective in order to gain a more comprehensive understanding of the issues surrounding endometriosis pain, moving from a focus on the pain itself and its management to a broader view of women’s overall experience. The second study explores, through interviews, women’s everyday experiences in relation to their life trajectories with endometriosis. A phenomenological analysis of the results, incorporating both intra-individual and inter-individual data to highlight similarities and differences whilst maintaining a holistic perspective, enabled us to identify all the psychosocial factors associated with pain, and to characterise episodes of symptom aggravation and improvement. The results are discussed using a motivational model with two distinct temporal implications. One highlights the mechanisms of goal self-regulation in the daily living with pain, whilst the other describes, through episodes of symptom aggravation and improvement and the course of daily living, the occurrence of three distinct phases: resistance of pre-pain goals, followed by problem-resolution, and goal adjustment. This allowed us to identify key factors that point to areas where changes could be made to improve the quality of life of women living with endometriosis. In order to account for all the mechanisms at work, the results of our studies are then reinterpreted from a more comprehensive perspective, incorporating all biopsychosocial factors, through a dual synchronic and synchro-diachronic analysis of events. This has enabled us to propose an understanding of the relationship between experiential data and current scientific data, on the basis of which we have put forward recommendations, notably an intervention protocol structured around three distinct logical frameworks: a problem-solution framework; a change framework; and a synchro-diachronic framework. Our work thus offers new avenues for understanding the issues associated with endometriosis pain and provides a solid foundation upon which future interventions could be developed.







