Soutenance de thèse

Le Samedi, 24. octobre 2020 -
14:00 - 19:00
Salle des Actes à l’Université Paul-Valéry Montpellier 3 - Site Saint Charles

Monsieur David BILLOIN

Soutiendra samedi 24 octobre 2020 à 14 h

Salle des Actes, n° 011, à l’Université Paul-Valéry Montpellier 3, Site Saint-Charles 1

une thèse de DOCTORAT

Discipline : Archéologie spécialité Archéologie des mondes antiques

Titre de la thèse : L'habitat perché et le peuplement entre Antiquité tardive et haut Moyen Âge dans le massif jurassien

Composition du jury :

  • M. Luc BOURGEOIS, Professeur, Université de Caen
  • M. Jacques BUJARD, Conservateur cantonal, OPAN, Neuchâtel (Suisse)
  • Mme Isabelle CARTRON, Professeure, Université Bordeaux Montaigne
  • Mme Anne NISSEN, Professeure, Université Paris 1
  • M. Claude RAYNAUD, Directeur de recherche CNRS, Université Paul-Valéry Montpellier 3, directeur de thèse
  • M. Laurent SCHNEIDER, Directeur d’études, EHESS Lyon

Résumé de la thèse

Trente ans d’archéologie ont considérablement enrichi les connaissances de l’Antiquité tardive et du haut Moyen Âge dans le domaine de l’habitat. Mais toutes les facettes de l’occupation ne sont pas encore étudiées. Ainsi, les sites de hauteur sont redécouverts après l’oubli dans lequel les avait plongés une lecture historiographique événementielle et pessimiste, voyant dans ces sites de simples refuges ponctuels où se serait réfugiée une population apeurée par les « invasions barbares ». Pourtant identifiés par les recherches pionnières des érudits locaux depuis la fin du XVIIIe siècle, ces oppida, castra et castella signalés notamment dans les textes de Grégoire de Tour, sont rapidement délaissés et considérés alors comme dépourvus d’intérêt. De leur côté, archéologues et historiens du « beau Moyen Âge » s’appropriaient le phénomène de perchement de l’habitat dans la problématique de l’enchâtellement, en relation avec la féodalisation de la société. Plusieurs auteurs pourtant avaient attiré l’attention sur cette forme d’occupation, comme Gabriel Fournier (1962) en Auvergne et Paul-Albert Février (1978) dans le Midi, mais ces habitats de hauteur tardo-antiques sont restés en marge de toutes les grandes synthèses sur l’habitat. Hormis quelques fouilles ponctuelles, il faut attendre les années 2000 pour voir naître des projets de recherche sur cette thématique à part entière, l’un en Méditerranée, l’autre dans le Jura.
L’objectif de ce travail est d’analyser les éléments structurants et les modalités d’implantation de ces habitats perchés replacés dans la trame du peuplement entre Antiquité tardive et haut Moyen Âge dans le massif du Jura. Entre France et Suisse, ce cadre géographique est suffisamment vaste pour accueillir une documentation abondante et présente le double intérêt d’être un secteur de la Gaule du centre-est encore mal connu, de transition entre un modèle socio-économique méditerranéen et un modèle septentrional, entre influences romaine et barbare. Les processus d’émergence de ces sites perchés, les rythmes d’occupation et leur impact dans la trame du peuplement imposent d’appréhender ces questions sur la longue durée, dans la continuité du substrat antique, en prenant comme point d’ancrage la traditionnelle rupture du Ve siècle, largement relativisé aujourd’hui, jusqu’à l’orée du phénomène castral au IXe siècle. Ces cinq siècles au cœur de notre problématique tiennent compte des antécédents de ces établissements perchés et de leur devenir au cours du Moyen Âge.
Ce travail constitue un réexamen critique de la documentation et une tentative de caractériser les éléments structurants du peuplement et de leur évolution, en prenant en compte tous les domaines d’occupation du sol souvent étudiés séparément. Cette analyse à grande échelle ambitionne ainsi de poser un cadre général pour ensuite déterminer la trame de l’occupation des campagnes, au sens le plus large. L’analyse de secteurs bien documentés, par de multiples fenêtres ouvertes à échelle locale, portera sur autant d’études de cas territoriales, autour de ces habitats de hauteur. Ce double niveau de lecture, assorti de dossiers monographiques, entend mettre en perspective ce phénomène de perchement de l’habitat dans le cadre des sociétés en transition entre monde Antique et monde Médiéval.
Ces sites de hauteur jouaient-ils le rôle de pôles locaux structurant l’espace et le peuplement ou correspondaient-ils au contraire à des réponses ponctuelles face à des périodes de trouble ? Participaient-ils à une forme de remaillage territorial en dehors des espaces traditionnels de la romanité ? Émergence de nouveaux réseaux de pouvoir, forme de domination des espaces pré-castral, conjonction de plusieurs facteurs ?
Autant d’interrogations et d’enjeux majeurs qui seront éclairés par la synthèse de toutes les données, s’ouvrant à des comparaisons et mises en perspective avec d’autres régions et des pays voisins, de l’espace rhénan à la Méditerranée.