Poétiques de l'invisible

Cette journée d'étude organisée par Pénélope Dechaufour se déroulera le jeudi 26 mars 2020. 

 

"Je suis invisible, comprenez bien, simplement parce que les gens refusent de me voir. Comme les têtes sans corps que l'on voit parfois dans les exhibitions foraines, j'ai l'air d'avoir été entouré de miroirs en gros verre déformant. Quand ils s'approchent de moi, les gens ne voient que mon environnement, eux-mêmes, ou des fantasmes de leur imagination - en fait, tout et n'importe quoi, sauf moi. "
Ralph Ellison, Homme invisible pour qui chantes-tu ?

 

Cette journée d’étude associera Maria Joao Brilhante, professeur invité de l’année 2019-2020 au sein du Master Théâtre & Spectacle Vivant, venue de l’Université de Lisbonne et qui présentera ses recherches autour des représentations de l’Afrique et de l’altérité sur la scène portugaise, à la présence de Kossi Efoui, auteur de romans et de textes dramatiques, voix majeure de la littérature romanesque et dramatique afro-contemporaine, et avec la participation de Clara Greth, artiste afroféministe de Montpellier qui achève un parcours au sein du Master Théâtre à l’UPV en articulant sa pratique artistique à une recherche autour des différentes adaptations d’Othello par la scène contemporaine. 

Il s’agira de réfléchir à la manière dont les formes scéniques contemporaines se saisissent de l’histoire des colonisations et des représentations qui s’y sont agrégées et construites. Les gestes artistiques qui abordent le trauma colonial et les fantômes de cette mémoire-là œuvrent-ils toujours à la déconstruction des identités assignées, à la « décolonisation des arts », des « esprits », des récits dominants et des imaginaires ? Quelles sont les modalités esthétiques de ces représentations d’une histoire longtemps passée sous silence et qui mettent, par ailleurs, souvent en scène l’altérité ? Comment les penser dans le sillon des représentations coloniales qui ont été durablement inscrites dans nos imaginaires et diffusées par les formes spectaculaires (divertissements de cour, expositions universelles, music-hall etc.) ? Prendre en charge cette mémoire aujourd’hui c’est aussi chercher à rendre visible ce que l’on ne veut pas voir, à commencer par les multiples traces et les résurgences quotidiennes des imaginaires coloniaux. C’est aussi pourquoi l’invisible est un motif récurrent des dramaturgies afro-contemporaines.